La première recette de « brownies » au cannabis

La première recette de « brownies » au cannabis

Pour: Daniel C. Activisme

Qui publia la toute première recette d’un dessert à la marijuana ? Tout le monde s’accorde à attribuer cet insigne honneur à Alice B. Toklas. Celle qui eut des aventures avec des artistes et écrivains aussi célèbres que Picasso, Matisse ou Hemingway fut également la compagne de la poétesse Gertrude Stein. Voici l’histoire de cette recette.

Gertrude Stein est une autrice américaine de tout premier plan, figure marquante de la Génération Perdue. Elle ne se fit pourtant connaitre que fort tard, lors de la publication de ses mémoires en 1932. Elle avait alors intitulé son livre « Autobiographie d’Alice B. Toklas », en l’honneur de l’amour de sa vie, de celle avec laquelle elle partageait son existence. Les deux femmes s’étaient connues 25 ans plus tôt, en 1907, le jour de l’arrivée d’Alice Toklas à Paris, et ont vécu une idylle longue de 39 années, idylle qui s’acheva à la mort de Stein en 1946. Au-delà de sa présence dans les mémoires de Stein, Toklas a durablement marqué de son empreinte la culture populaire du XXe siècle, puisqu’elle est l’autrice d’un livre très spécial qui marqua plusieurs générations d’amoureux du cannabis.

Le livre en question s’intitule « Le livre de recettes d’Alice B. Toklas ». Toklas s’y efforce de réunir et compléter les recettes de cuisines dont elle avait régalé des artistes comme Picasso, Hemingway ou encore Francis Scott-Fitzgerald, pour ne citer que quelques-unes de célébrités qui défilèrent dans sa maison parisienne durant plus d’un quart de siècle. Tandis que Gertrude régnait sur le salon, Alice avait alors son royaume dans la cuisine.

Le « Haschich Fudge », une collation amusante pour un club de dames

Après la mort de Gertrude Stein, sa maison d’édition demanda à Alice de rédiger un livre qui répondrait à l’Autobiographie d’Alice B. Toklas. Alice se mit à l’ouvrage et rédigea sa propre version de l’histoire, telle que vécue depuis la cuisine. Il en résulta l’un des livres de recettes les plus originaux du XXe siècle, un livre, qui plus est, dans lequel fut publié la toute première recette d’un dessert à la marijuana. Alice le baptisa « Haschich Fudge » et le définit comme un « en-cas venu du paradis » pour « enluminer les jours pluvieux ».

Noyées dans une série de réflexions personnelles, le livre contenait des recettes typiques de la cuisine française. Mais, ce ne sont pas les récits qu’y faisait Toklas des soins donnés aux blessés de la Grande Guerre, ni ses opinions sur les moules qui sont passés à la postérité, mais bien la présence d’une recette d’un dessert au cannabis, qui fit scandale à l’époque. Elle apparait dans la version britannique du livre mais la maison d’édition Harper la retira du livre pour sa publication aux États-Unis.

Lors d’une interview à la radio Pacifica Radio en 1963, Alice B. Toklas expliqua que l’inclusion de cette recette à son livre fut totalement fortuite : elle affirmait alors l’avoir rédigée « sans réaliser que le haschich [en] était l’ingrédient principal ».

« Je t’aime, Alice B. Toklas »

Au début des années 1960, avec l’accord des avocats de la maison d’édition, une seconde édition du livre fut publiée aux États-Unis qui, cette fois-ci, contenait bel et bien la recette de la discorde. C’était en même temps que naissait le mouvement hippie qui l’adopta donc bien vite et en fit son dessert préféré, à tel point qu’aux USA, le terme « Alice Toklas Brownies » devint alors un terme générique désignant tous les petits gâteaux au chocolat et au cannabis vendus sur le marché noir.

Cette recette a même servi d’inspiration à l’un des tous premiers films de stoners de l’histoire du cinéma, Le Baiser Papillon, dont le titre original n’est autre que « I Love You Alice B. Toklas ». Peter Sellers y joue le rôle d’un avocat juif issu d’un milieu aisé lassé de son travail insipide et dont la vie va prendre un tournant à 180º lorsqu’il fait la connaissance d’une hippie et de ses brownies à la marijuana.

Avec ce film, Peter Sellers avait ainsi déclaré son amour pour Toklas. Mais d’autres ressentaient vraisemblablement la même chose. C’était sans doute le cas de l’écrivain avant-gardiste Brion Gysin. Installé au Maroc, ce dernier a deux exploits à son actif : d’une part, il fit connaitre les Rolling Stones dans le pays ; d’autre part, c’est lui qui avait donné à Alice Toklas la recette qu’elle inclut finalement dans son livre. Et tout ceci s’est fait d’une façon pour le moins amusante.

Un troll venu du Maroc ?

La recette au cannabis fut incluse au tout dernier moment par Toklas dans son livre. Face à de nombreuses pages blanches et une date de dépôt de son manuscrit qui approchait à grands-pas, Alice Toklas demanda à son entourage de lui faire parvenir des recettes qu’elle inclurait dans un dernier chapitre intitulé « Recettes d’amis ». La contribution de Brion Gysin fut ce brownie au cannabis.

Aussi étonnant que cela puisse paraitre, la recette originale ne contenait aucune trace de chocolat. Gysin préconisait plutôt l’usage de dattes, de noix, de figues, de sucre, d’un mélange d’épices et, bien sûr, de cannabis que Brion Gysin prit un malin plaisir à passer sous silence, le définissant comme un ingrédient exotique du nom de « canibus sativa ». Le dessert proposé par Gysin n’était donc pas un brownie. C’est le film de Peter Sellers qui en fit le brownie qui s’est ensuite si profondément ancré dans la culture populaire. La recette de Gysin permettait plutôt la préparation d’une sorte de « majoun », une pâte sucrée d’origine marocaine.

Apparemment, Toklas ne savait pas ce qu’était le « canibus », alors même que la définition que lui en avait fournie Gysin évoquait « un arbuste commun, souvent méconnu, qui pousse dans toute l’Europe, l’Asie et certaines régions d’Afrique, [qui] est également cultivé pour la fabrication de cordes [et dont les fleurs doivent] être récoltées et séchées pendant que la plante est encore verte. »

Alice B. Toklas n’eut sans doute pas le temps de réaliser la recette envoyée par son ami. Elle l’inclut donc à son livre et envoya celui-ci à sa maison d’édition, loin de se douter de la controverse qui allait bientôt naitre. Harper, la maison d’édition américaine du livre envoya en effet un télégramme au Procureur Général pour assurer ses arrières en cas de publication et pour déterminer si l’impression devait être suspendue. Certains ont néanmoins affirmé qu’Alice avait inclus cette recette dans son livre à des fins purement mercantiles.

Une rose est une rose

C’était mal connaitre Alice. Elle avait dédié la majeure partie de sa vie à Gertrude : elle cuisinait pour elle ; elle tapait ses manuscrits à la machine ; elle se levait avant l’aube pour récolter des fraises qu’elle lui servait au petit-déjeuner « avant que le soleil ne l’embrasse » ; elle trouva la devise « Une rose est une rose » que Gertrude fit imprimer sur son papier à lettres… Mais il n’y avait rien de dégradant dans cette apparente servitude. C’était en effet elle qui tirait les ficelles et administrait la vie de la maison, laissant ainsi à Gertrude tout le loisir d’exprimer son génie.

La gloire, Gertrude la connut justement grâce à une œuvre inspirée par Alice. Gertrude Stein succomba peu après d’un cancer, laissant seule l’inconsolable Alice. Dans sa profonde dévastation, Alice ne put se résoudre à revendre la moindre œuvre d’art de la collection de Gertrude, une collection pourtant évaluée à 6 millions de dollars en 1967. Elle savait l’importance de ces pièces pour sa défunte amante et fit donc tout son possible pour maintenir la collection intacte.

Son livre de cuisine fut peut-être le rêve de sa vie. Mais son édition fut surtout dictée par son criant besoin d’argent. Ce livre à pure ambition commerciale n’en devint pas moins un classique, grâce à une recette inattendue de dessert sucré au cannabis enluminant les jours pluvieux.

Si vous n’avez pas à votre disposition la longue liste d’ingrédients de la recette originale d’Alice B. Toklas, vous pouvez vous laisser tenter par quelques délicieux alfajores au cannabis ou par des cannamuffins aux myrtilles. Le tout est de manifester votre amour pour cette plante et pour tous ceux qui vous entourent.

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